Trois semaines & puis on avait le temps d'oublier. D'oublier ce que ça fait que d'avoir à l'attendre. Je me gelais le cul sur le banc de l'arrêt de bus. J'ai une écharpe, assez grande pour deux, mais c'est pas une excuse. J'aime l'automne & ça non plus ce n'est pas une excuse. J'étais assise & lui debout. On faisait pas comme ça avant. Il était toujours à côté de moi. On appelait ça l'égalité. Je m'abaisse je m'incline, c'était de ma faute, aujourd'hui on fait moins la maligne.
Manger du chocolat pour faire comme si on ne pouvait pas s'en passer. Le petit péché, le grand délice, on se dit qu'à deux c'est surement mieux. Avale tout ça, avec un coca. Les petites bulles qui démangent le fond de la gorge. Mais tu souris. Tu souris, je me dis que je réussis. Le goûter, même si c'est pas yeux dans les yeux, que la fenêtre est grande ouverte, que ma mère parle trop fort. L'ambiance est jamais comme je le souhaite, il y a toujours des choses qui m'échappent. Faut croire que de vouloir vivre dans un film, c'est pas aussi facile que ça. Faut dire aussi que j'ai pas l'aide requise. Je suis la productrice, la réalisatrice, l'actrice. Je suis tout à la fois dans ce putain de film. Mais bon, y'a quand même toi.
Se poser devant la TV revient souvent à s'abrutir, à devenir le passif qui gobe tout. C'est pas ce que je voulais faire, ce que je voulais dire, tu vois bien où je veux en venir. Y'a une histoire sur l'écran, regarde comme eux ils sont vivants, ils chantent presque pour de vrai, ça paraît réel, comme si nous aussi, on pouvait y arriver. Improviser aussi facilement. On oublie la masturbation de l'esprit & tout autre dérivé intellectuellement sexuel.
& puis il y a ce parc, ce début de soirée & la bière. Faut jamais trop en abuser, faut se dire aussi que l'alcool nous rend plus vulnérable, moins sur mes gardes mais pas moins abrutie. Y'a cette réplique un peu cliché, mouton, rebel tout plein d'acné qui dit allez viens qu'on refasse le monde. J'y peux rien, j'peux pas m'en empêcher. T'as des grands pieds, tu aurais pu tout écraser, au lieu de me tenir par le bras, dégage moi ce sourire, non ce n'est pas qu'il ne te va pas, c'est simplement que c'est pas le moment d'être heureux. Personne ne t'a donné la permission. Et oui, mon petit garçon, on commande tout, la vie en mode d'emploi, une petite notice, faudrait que tu la gardes sur toi. Je serais pas toujours là, pour te rappeler les ordres.
Mais j'ai les mains froides & le coeur, je sais plus où il est. Il a pas l'air franchement présent. On dirait que j'lai oublié. Je retournerais sur le banc, en espérant que personne n'y soit allé. Je fais pas confiance aux petites mémés qui jettent du pain aux oiseaux défigurés par le temps. Derrière leurs fausses dents, se cachent les regrets. Elles pourraient bien me le saccager.
Ou pire, se l'approprier. Comment est-ce que je ferais pour chanter dans la rue, en pleine nuit moi?
Baby please, come back to me ! ♥